Les adolescents et jeunes en Haiti - Adolescents and Youth in Haiti
In English below
Nicolas Servas est le Coordinateur du programme au Refugee Education Trust. Il est aussi le co-animateur de l’Équipe de travail INEE sur les adolescents et les jeunes. Il revient d’un séjour de deux semaines en Haïti où il a mené une mission d’enquête. Il nous explique comment les opportunités éducatives des adolescents et des jeunes gens en Haïti ont été touchées par le séisme.
A la suite de situations de conflit et de catastrophe naturelle, les besoins en éducation des 10-24 ans sont le plus souvent laissés de côté alors que ce sont ceux-là mêmes qui traversent la période la plus critique du développement humain qu’est l’adolescence et l’entrée dans l’âge adulte.
Deux mois après le tremblement de terre qui a ravagé les zones les plus peuplées du sud d’Haïti, les destructions qui ont touché le secteur éducatif laissent présager le pire pour l’avenir du pays. A Port-au-Prince, ce ne sont pas moins de 87% des écoles primaires et secondaires qui ont été endommagées ou détruites, à Jacmel ce chiffre se monte à 88%. A Léogane, 38 écoles secondaires sur 40 sont par terre. En plus de l’installation temporaire de tentes dans les cours d’écoles, sur les places publiques et le long des rues, on est frappé par l’extrême complexité et la diversité des situations que traversent les jeunes qui ont quitté les zones les plus touchées : la plupart sont rentrés dans leur département d’origine avec leurs parents ou un tuteur, ceux qui sont devenus orphelins suite au séisme ont rejoint de la famille éloignée, les parents qui restent dans les grandes villes pour travailler ont préféré placer leurs enfants à la campagne par crainte de répliques du séisme. Avec l’éducation qui tarde à reprendre, et une inquiétude profonde sur les capacités du pays à se relever, tous ceux qui peuvent se le permettre envoient leur enfant à l’étranger, aux Etats-Unis ou au Canada pour ceux les plus fortunés, en République Dominicaine ou en Amérique du Sud pour les autres.
Les associations locales et les jeunes s’engagent
Malgré la catastrophe qui a décimé la ressource plus précieuse du pays, sa population qui allait entrer dans l’âge adulte, des ONGs locales et associations de jeunesse se mobilisent pour améliorer la situation des déplacés et sinistrés. Ainsi dans le bas nord-ouest, une zone qui accueillerait environ 30’000 déplacés, une ONG haïtienne a intégré des adolescents et jeunes dans des écoles locales. Dans la ville de Jean Rabel par exemple, l’école publique qui d’ordinaire accueille 450 élèves du fondamental, a ouvert un cycle secondaire pour 700 nouveaux arrivants. Les enseignants locaux et les déplacés travaillent de 8 heures à 13 heures (fondamental) puis de 14 heures au début de soirée (secondaire) pour pourvoir aux besoins élémentaires en éducation des jeunes déplacés. Jusqu’à présent le Ministère de l’Education et ses représentants locaux n’ont pas pu s’engager sur le paiement de ces heures supplémentaires.
A Port-au-Prince et dans les zones les plus affectées par le tremblement de terre, des associations de jeunesse tels que les scouts se sont mobilisées pour distribuer aide alimentaire et kits de santé, aider à la signalisation de l’aéroport et des routes. Dans les camps, ils ont créé des groupes d’écoute et proposent des activités récréatives aux jeunes de familles qui ont tout perdu.
Un manque cruel d’activités éducatives pour les adolescents et jeunes
Ces efforts locaux et la distribution de kits éducatifs par les organisations internationales ne suffisent cependant pas à répondre à l’ampleur des besoins éducatifs à l’échelle du pays : les travaux de déblaiement des établissements scolaires n’ont pas encore commencé, les cours d’écoles sont utilisées par les victimes pour se loger, et la situation de promiscuité dans les camps est invivable (pas de toilettes, pas d’espaces privés, pas d’espaces récréatifs). Alors que l’immense majorité des ONGs se concentre sur les enfants et l’éducation primaire, les adolescents et jeunes sont laissés pour compte, avec très peu de possibilités de poursuivre l’éducation fondamentale pour les sur-âgés, sans aucune possibilité d’éducation secondaire dans les zones sinistrées, et très peu d’activités récréatives pour se former ou se distraire. Il y a donc urgence à créer des alternatives éducatives d’envergure grâce auxquelles adolescents et jeunes pourront retrouver un minimum de stabilité émotionnelle et intellectuelle, et de capacité à se projeter dans l’avenir.
Adolescents and Youth in Haiti
Nicolas Servas is Programme Coordinator at the Refugee Education Trust, and has just returned from a two week fact-finding mission to Haiti. Nicolas is also co-convener of INEE Adolescent and Youth Task Team, and gives us a picture of some of the ways the educational opportunities for youth have been impacted by the earthquake.
Following situations of conflict and natural disaster, the educational needs of young people aged 10-24 years are most often ignored. However, adolescence is known for being a process in the human development during which individuals make a critical transition from childhood to adulthood.
Two months after the earthquake that devastated the densely populated areas of southern Haiti, the destruction that has hit the education sector portend the worst for the country’s future. In Port-au-Prince, no less than 87% of primary and secondary schools were damaged or destroyed, while in Jacmel this figure rises to 88%. In Leogane, 38 schools out of 40 are down. In addition to the temporary installation of tents in school yards, public squares and along streets, one is struck by the extreme complexity and diversity of situations experienced by the young people who have left the most affected areas. Most have returned to their area of origin with their parents or guardians ; those who were orphaned after the earthquake have joined their extended family ; and the parents who stayed in the cities to work have chosen to send their children to the countryside for fear of aftershocks. Since educational services are slow to return and given a deep concern about Haiti’s capacity to recover, people who can afford it the most are sending their children abroad, to the United States or Canada for the most fortunate, or to the Dominican Republic or South America for others.
Local associations and youth’s commitment
Even if the disaster has ruined the youth potential which represents the most valuable resource of the country, local NGOs and youth organizations are mobilizing to improve the situation of the displaced and the homeless. For example, in the lower north-west of the country, an area which hosts about 30,000 IDPs, a Haitian NGO has included adolescents and youth in local schools. Also, in the town of Jean Rabel, the public school which usually accommodates 450 primary students has opened a secondary school for 700 new students. Local teachers and displaced people work from 8 in the morning until 1 in the afternoon (primary school) and from 2 in the afternoon until early evening (secondary school) to meet the basic educational needs of the displaced children. The Ministry of Education and the local authorities have not yet been able to commit to pay for their overtime.
In Port-au-Prince and in the most affected areas by the earthquake, youth associations such as the Scouts have mobilized to distribute food aid and health kits and assist with airport and roads signs. In the camps, youth associations have set up peer groups and organized recreational activities for young families who have lost everything.
A severe shortage of educational activities for adolescents and young people
These local efforts and the distribution of education kits by international organizations are not sufficient to meet the immense educational needs across the country: the work of clearing the schools have not yet begun, schools yards are used as shelter by homeless, and living conditions in the camps are unbearable (no toilets, no private space, no recreational spaces). While the vast majority of NGOs is focusing on children and primary education, adolescents and young people are left behind. They have few opportunities to pursue basic education, have nearly no chance to pursue secondary education in the affected areas, and are offered very few recreational activities for learning or entertainment. It is therefore urgent to create alternative learning opportunities which will help adolescents and young people improve their emotional well-being and regain confidence in their intellectual ability to shape their future.

Comments
thierry_huet Jan 18, 2011
Bonjour,
On parle du primaire mais on oublie les dégats faits sur le secondaire et le supérieur. Qu’en est-il ? existe t’il des groupes de travail ?
Cordialement,
th
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